Jeudi cette semaine le 3 novembre, j’ai donné une conférence dans le cadre d’Intracom 2005. J’ai présenté ma compréhension de l’évolution de l’ergonomie cognitive, du concept d’utilisabilité. Avec l’atteinte d’une certaine maturité du Web et de l’ergonomie cognitive, on passe de concevoir des interfaces utilitaires, à concevoir des « expériences ». Pour moi ce que cela veut dire, c’est qu’aussi important et efficace cela soit-elle, l’ergonomie cognitive limite ses critères de conception et d’évaluation au traitement cognitif de l’information. Et cela est trop réducteur de la réalité humaine complexe des utilisateurs.
Tel que le décrit Don Norman (2005) dans son livre Emotional design, les recherches récentes en psychologie, neurosciences, biologie s’entendent désormais sur le fait que le traitement de l’information n’est plus seulement cognitif, il est également émotif. Simplifié au max, on peut dire que l’affect, comprenant les émotions, sert de base au jugement pendant que la cognition interprète le monde.
Attention! Je tiens à ce que l’on me comprenne bien. Mon point n’est pas de dire que l’ergonomie cognitive ou l’utilisabilité sont dépassées et ne servent plus à rien, bien au contraire! Cela fait assez longtemps que je prêche en faveur de mon expertise que ce n’est pas pour me revirer de bord aujourd’hui et saboter tout ce travail. L’utilisabilité demeure la base de ce qui donne une bonne interface efficace, et c’est avec la crédibilité acquise au compte goutte depuis 20 ans que son mandat s’élargit aujourd’hui. C’est positif, c’est dans le sens de l’évolution normale des choses qui tiennent la route.
Juste après ma conférence, une collègue est venue me voir en avant toute préoccupée et m’a dit : « Je suis d’accord avec ton propos, mais n’as-tu pas peur que cela ouvre grand la porte à un recul de dix ans en arrière à faire des interfaces inutilisables? ». J’ai tenté de la rassurer en lui répondant ce que je viens d’écrire, à savoir que rien dans ma présentation n’indique que l’ergonomie cognitive n’a plus sa place en matière d’interfaces, et encore moins que les critères cognitifs de conception et d’évaluation ne sont pas efficaces.
En revanche, c’est un fait que le terme « expérience » est encore à définir. C’est un fait aussi que les critères de l’emotionability, nouveau terme et concept que je me suis amusée à créer pour jeter les bases de cette nécessité de prendre en considération les émotions des usagers dans la conception des interfaces, sont totalement à définir. Et ce ne sera pas une simple tâche ni encore moins une mince tâche, et c’est d’ailleurs aussi pourquoi c’est le sujet de ma thèse de doctorat !
Dans tous les cas, aussi épineuse soit-elle, l’avenue est prometteuse et j’étais super contente de voir la réaction enthousiaste de l’auditoire jeudi, incluant notamment quatre personnes qui m’ont invitée à venir donner la conférence dans leur entreprise. De plus, sur environ 60 personnes présentes, j’ai constaté environ 55 téléchargements de ma présentation depuis hier qu’elle est en ligne…Ça m’encourage pas mal j’avoue!!!!
Conférence présentée à Intracom 2005 : Les interfaces ont-elles des émotions?