Jeudi 6 avril, j’ai présenté ma conférence “Les interfaces ont-elles des émotions?” à Intracom Paris 2006 au Centre des affaires CAP 15, Quai de Grenelle.
Comparativement au Palais des Congrès à la Porte Maillot par exemple, le lieu est agréable et à échelle humaine, situé sur le bord de la Seine au Métro Bir Hakeim dans le XVè arrondissement.
Côté présentation, bien que je l’aie faite légèrement évoluer, notamment dans la partie illustrative, c’était vraiment intéressant d’avoir l’occasion de comparer la réaction du public français à celle de l’auditoire que j’avais eu à Québec l’automne dernier.
Je dirais pour commencer que les français étaient moins nombreux, donc cela peut fausser un peu mon impression de réaction plus “réservée”. L’humour propre aux interfaces a bien passé mais on aurait dit que les participants n’osaient pas se laisser aller à rire franchement, comme si cela pouvait avoir l’air fou ou déplacé de se l’autoriser…
Il m’a semblé que derrière la réserve, il y avait également une familiarité peut-être plus récente avec les concepts d’utilisabilité et d’ergonomie cognitive. L’auditoire semblait clairement savoir de quoi on parlait mais peut-être pas nécessairement de quoi il en retourne concrètement. Dans ce contexte, il est plus difficile d’apprécier un contenu qui se penche sur l’évolution conceptuelle du paradigme d’ergonomie des interfaces, du moins au niveau de la dimension théorique. Je dirais d’ailleurs que j’ai clairement senti la salle embarquer dans ma conférence au moment où j’ai présenté les exemples.
Selon la bonne loi de Murphy, au moment de comparer des exemples de sites pour le magasinage d’une voiture par exemple avec d’un côté l’approche plus classique (comme Renault, et de l’autre, une approche expérientielle (comme Volkswagen), il a fallu que la connexion Internet Wi-Fi plante…
Mais à toute situation, il existe des points positifs, cela m’a permis de sentir que tout le monde était avec moi pour suivre les exemples, attentif car alors qu’il restait peu de temps alloué (Anne-Laure Maupoux étant venu me dire qu’il ne me restait que 5 minutes…), à ma question: “êtes-vous prêt à attendre que je retente de me connecter?”, j’ai eu droit à un bon “OUI!” franc qui m’a rassurée…
Alors au bon vieux proverbe, une image vaut mille mots, j’ai vécu un site vaut 15 diapos…;)
Les questions étaient nombreuses à la fin, j’aime toujours beaucoup quand je sens cela car c’est signe d’avoir suscité questionnements, réflexions, dérangement, etc. et comme j’avais empiété un peu sur le temps de la prochaine session, les gens me poursuivaient dans le couloir pour m’adresser leurs commentaires et questions pendant plus de 30 minutes…
La question de l’accessibilité est revenue comme à Québec, et les gens acceptent mal que l’on soit confortable de répondre que l’on ne peut pas s’adresser à tous les publics en même temps de la même façon et que c’est un principe même d’ergonomie à la base que de devoir adapter le contenu à chaque “profil” visé. La dimension expérientielle est trop intimement liée au contenu autant qu’au contenant pour pouvoir se refléter exactement de la même façon dans des normes d’accessibilité. Ceci-dit, je crois qu’il faut laisser le temps faire son oeuvre également, le Web classique commence à devenir accessible ces dernières années…le Web expérientiel est un concept émergent en plein balbutiements, il va falloir lui laisser le temps de se définir un peu avant de le harponner sur la question de l’accessibilité, sinon il risque de mourir prématurément…
La question de savoir comment adapter mes propos à des intranets est également revenue et une fois de plus, il est clair que mes propos vise le e-commerce avant tout et que la dimension expérientielle ne peut être la norme par défaut dans des environnements où la dimension applicative est importante (les intranets permettent aux employés d’aller chercher de l’information qui leur est réservée mais aussi des applications dont ils ont besoin dans leur travail au quotidien). Je vais devoir interroger ma collègue Camille Grange sur ce point cependant, histoire qu’elle me sorte sa grille de critères ergonomiques propre aux intranets et qu’on regarde ce que l’on peut en sortir qui puisse aider à caractériser la dimension expérientielle…
Enfin j’avais oublié qu’en France, bien que des termes anglais soient utilisés à toutes les sauces pour tout (on dit le “wi-fi” prononcé avec un “i” – et non un “y” comme en anglais – pour le réseau sans fil), l’anglais au delà des mots empruntés n’est pas aussi présent et familier qu’il ne l’est au Québec…donc un conseil, si vous incorporez une citation en anglais dans une conférence que vous présentez en France, ayez la traduction française affichée dès la diapo suivante…;-)
En conclusion, ce fut une très belle expérience professionnelle de pouvoir présenter mes réflexions sur l’ergonomie cognitive à Paris et de pouvoir tater le pouls de ce que cela représente de l’autre côté de notre Atlantique…et j’ai pu rencontrer quelques personnes bien intéressantes aussi à inviter à des événements d’Utilisabilité Québec…Avis aux intéressés…;-)
J’en profite pour remercier personnellement toutes les personnes derrière les équipes d’Eventia, EmergenceWeb, de l’API et de ClubNet de France notamment d’avoir rendu cet événement possible en soi et pour moi, ainsi que la Délégation Générale du Québec qui a également chaleureusement reçu les conférenciers rue Pergolèse.